Vers la fin de la captivité des animaux sauvages en France ?

Le mardi 29 septembre 2020, la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, annonçait la future mise en place de plusieurs mesures destinées à améliorer les conditions des animaux sauvages en France. La disparition progressive des animaux dans les cirques et delphinariums en sont parmi les plus importantes.


L’accès plus rapide à l’information à travers les réseaux sociaux ainsi que la dénonciation des conditions de traitement des animaux dans de nombreux cirques ont amené à une prise de conscience massive quant au bien-être animal.


Si cette mesure semble suivre son temps, pour certains, elle constitue un véritable calvaire. En effet, plus de 300 cirques et 4 delphinariums sont concernés. La mise en vigueur d’une telle disposition entraîne un impact conséquent sur des centaines de familles de circassiens.


Malgré les difficultés engendrées par cette mesure, il paraît aujourd’hui plus que nécessaire de faire évoluer la situation. En France, les animaux en captivité vivent dans des conditions inadaptées à leurs besoins fondamentaux. En effet, ceux-ci ne disposent pas d’un espace suffisant : les éléphants, par exemple, nécessitent d’un environnement de plusieurs centaines de kilomètres carrés afin de pouvoir évoluer correctement. Un besoin auquel il est impossible de répondre pour un cirque. Par conséquent, les animaux se retrouvent en proie à des comportements anormaux, témoins de leur mal-être : des mouvements répétitifs ou encore un balancement constant de la trompe se retrouvent chez la plupart de ces mammifères en captivité. Alors, douleurs physiques et psychologiques semblent être les maîtres mots de leur quotidien (1).

Caricature montrant les rôles inversés dans un cirque (2)

En ce sens, le 8 octobre 2020, la proposition de loi relative à de premières mesures d’interdiction de certaines pratiques génératrices de souffrances chez les animaux et d’amélioration des conditions de vie de ces derniers, portée par le député EDS Cédric Villani, a été débattue.


Le gouvernement face aux propriétaires d’animaux sauvages


Alors que Barbara Pompili assure « un tournant majeur pour les animaux sauvages dans notre société » grâce aux dispositions imposées par le gouvernement, les propriétaires d’animaux sauvages souhaitent à leur tour faire entendre leurs voix.


En effet, l’incompréhension se fait ressentir parmi des circassiens amoureux de leurs animaux. Selon eux, leurs animaux sauvages ne subissent aucun mauvais traitement. James Douchet, propriétaire du cirque Zavatta, assure que ses animaux sont loin d’être maltraités : ils exercent « moins de 4 minutes de spectacle » (3) et s’adonnent uniquement à quelques roulades aisées à reproduire. Le célèbre dresseur de fauve du cirque Pinder, Frédéric Edelstein, soutient cette idée. Il explique que ce qui est demandé aux bêtes n’est « pas contre-nature » et qu’elles ne sont en aucun cas forcées d’effectuer des tours.

Pour certains circassiens, les cirques se placent même comme un moyen de préserver la faune sauvage. Le cirque Pinder, par exemple, a récupéré en 2017 douze lions destinés à l’origine à être abattus. Les cirques semblent alors prendre l’apparence du lieu idéal pour un animal en captivité.


Ours muselé en train de réaliser un numéro (4)

Mais malgré la vie paisible que semblent mener les animaux de cirque selon les dresseurs, la fédération des vétérinaires d’Europe, regroupant près de trente-huit pays, s’était opposée en 2015 à la présence d’animaux dans les cirques. Quant au gouvernement, il ne se montre pas réticent face à la détention d’animaux sauvages mais plutôt aux conditions de transports déplorables pour aller d’une ville à une autre. Il n'est « plus raisonnable de transporter des hippopotames ou des fauves de communes en communes » affirme Barbara Pompili lors d’une conférence en septembre dernier. Une situation qui imposerait tout de même aux circassiens de se séparer de leurs fauves.


Alors, afin d’assurer le bien-être de ces animaux, le gouvernement évoque brièvement l’idée d’un « sanctuaire » où ces derniers pourront se reposer jusqu’à la fin de leurs jours. Une mesure que critique Damien, ex-dresseur de tigres, interrogé par le Figaro. Pour lui, le pouvoir exécutif ne propose que des idées vagues et idéalise les conditions de vie futures de ces bêtes. Il explique que « Dans un sanctuaire les animaux sont ni plus ni moins qu’en captivité, ils ne peuvent pas parcourir des kilomètres par eux même ». De plus, aucune mesure concrète n’a été proposée pour l’instant quant à l’avenir des animaux et à la localisation de ces sanctuaires.


Ne serait-ce pas une nouvelle prison pour ces animaux sauvages que l’on veut sauver des griffes des dresseurs ? Des dresseurs qui semblent pourtant éprouver une réelle affection pour leurs bêtes.


Derrière l’idée d’une meilleure condition animale, se trouvent aussi des centaines de familles dont le principal revenu repose sur les spectacles de fauves. Le gouvernement s’est montré alors compatissant et prône « une transformation qui ne doit pas être pensée contre les professionnels concernés mais bien avec eux » affirme Barbara Pompili dans son discours présentant les mesures relatives à l’évolution de la condition de vie animale en France (5). La ministre de la transition écologique a, en effet, rencontré les représentants de cirques afin de trouver une solution adaptée. Cette transition devrait être achevée dans cinq ans pour les circassiens, avec l’aide du gouvernement.



Des mesures concrètes ?


Les conditions de vie difficiles des animaux sauvages n’existeront plus en France d’ici quelques années, mais qu’en est-il de l’avancée des mesures énoncées par la ministre de la transition écologique ?


Le 1er octobre, la proposition de loi prônant une meilleure vie pour les animaux, portée par le député EDS (Écologie Démocratie et solidarité) Cédric Villani a été débattue à l’Assemblée Nationale. Deux articles ont été supprimés par la commission des affaires économiques. Le premier portant sur la fin progressive des élevages en cage et le second sur l’interdiction de la chasse à courre. Les autres articles de la loi n’ont pas été votés. C’est alors le jeudi 8 octobre que les députés ont pu débattre de nouveau sur la proposition de loi. L’article 3 de celle-ci portant d’ailleurs sur les annonces faites par Barbara Pompili.


Cédric Villani lors du débat en question à l’assemblé nationale

Cependant, le temps accordé à la discussion de la proposition de loi s’est avéré trop court. Les députés disposaient en effet de deux heures pour apporter des amendements et voter 6 articles de plusieurs dizaines de lignes. La discussion est aujourd’hui reportée mais aucune date n’a été fixée, laissant les militants pour le bien-être animal dans l’incertitude quant à l’évolution de la situation.


Une autre proposition de loi relative au bien-être animal semble en revanche attirer un peu plus les regards. Le 14 décembre, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale dans l’objectif de lutter contre la maltraitance animale. Elle propose ainsi l’augmentation du nombre de refuges et fourrières et une procédure plus encadrée quant à l’adoption des animaux domestiques. A cela s’ajoute la peine d’emprisonnement afin de réprimer les violences faites aux animaux. Cette dernière sera discutée à l’Assemblée nationale fin janvier. Pour rappel, en droit français les animaux sont désignés comme des êtres doués de sensibilité mais restent placés sous le régime des biens. Malgré une protection spécifique en comparaison à d'autres objets, beaucoup considèrent cette dernière comme lacunaire.


Des citoyens conscients

En parallèle des autorités officielles, les citoyens français se mobilisent à travers les réseaux sociaux pour améliorer la condition de vie animale.


Hugo Clément, suivi par 900 000 personnes sur Instagram s'affirme comme influenceur en alertant notamment sur la maltraitance animale. Il dénonçait le 25 octobre dernier, le comportement inconscient de deux célébrités de la télé-réalité, Manon et Julien Tanti. Ceux-ci affichaient leur enfant enchanté de tenir un singe en laisse et de caresser un crocodile attaché et muselé au sein d’un zoo à Dubaï. Le journaliste explique sur Instagram (6) que « faire la promotion de ce genre de maltraitance auprès de millions d’abonnés est irresponsable ».


Post instagram d’Hugo Clément dénonçant la participation de la famille Tanti à la maltraitance animale



Depuis plusieurs mois, ce même influenceur incite les citoyens français à signer le référendum sur les animaux. Cette initiative citoyenne née en 2020 et ayant fait le tour des réseaux sociaux mettent en avant six mesures. Ces dernières proposent sur l’interdiction de la chasse à courre, la prohibition des spectacles avec animaux sauvages ou encore la volonté de sortir de l’élevage intensif.


Des dispositions engageantes mais difficiles à mettre en place. La chasse à courre par exemple, est fermement défendue par de nombreux députés dont Thierry Benoît et Fabien Lainé (députés UDI) qui prônent la tradition de cette pratique. Aussi, la forme du référendum est très contraignante ; il s’agit d’un référendum d’initiative partagée (ou RIP). Afin de pouvoir être étudié comme proposition de loi devant l’Assemblée Nationale, il est nécessaire que celui-ci obtienne la signature d’environ 4,5 millions de français conformément à l’article 11 de la Constitution française.

Malgré le faible nombre de signatures, il semblerait pourtant que 73% des français soient favorables à ce référendum. C’est ce que révèle l’étude menée par l’IFOP Les francais soutiennent-ils le projet de « référendum pour les animaux » ? (7) durant l’été 2020.


Le chemin semble encore long mais les citoyens sont aujourd’hui des personnes informées et conscientes des conditions de vie des animaux sauvages en captivité. Certains y verraient même l'amorce d'une nouvelle ère qui valorise la protection et le bien être des animaux.



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Mazarine Guillossou, rédactrice chez Décryptage Citoyen France.

Le 19 janvier 2021


Pour aller plus loin :



Articles, rapport, enquêtes cités dans cet article :

  1. CODE AN!MAL : Ouvrages sur les animaux captifs et de “divertissement” : zoos, cirques, corrida

  2. Caricature montrant les rôles inversés entre animaux et dresseurs sous le chapiteau d’un cirque

  3. Interview de Frédéric Edelstein par la Quotidienne

  4. Pétition STOP AUX ANIMAUX SAUVAGES DANS LES CIRQUES ! adressée à Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne

  5. Discours de Barbara Pompili quant aux mesures prises par le gouvernement

  6. Post instagram d’Hugo Clément sur les Tanti

  7. Étude menée par l’IFOP Les francais soutiennent-ils le projet de « référendum pour les animaux » ?

Sources :

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