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Seul sur Terre ? La solitude, le mal du siècle



La crise du Covid-19, survenue début 2020 sur le territoire français, a conduit l'État à instaurer un confinement général pour une durée initiale de deux semaines. Il a finalement duré deux mois. Deux mois inédits pour le peuple français et par extension une majeure partie du monde, qui s’est retrouvée enfermée chez lui.


Cette période fut éprouvante pour la plupart d’entre nous : la vie sociale a été fortement réduite, les activités sportives limitées voire complètement stoppées et les rapports sociaux dont nous avions l’habitude, ont complètement disparu du jour au lendemain.




Photo de Luke Kordas pour le projet La solitude dans la ville de New York - Huffpost



Nous nous sommes retrouvés dans une position inédite, à devoir s’occuper seulement avec les membres de son foyer. Or cette condition a mis la lumière sur un sujet touchant des millions de personnes en France : la solitude. Lorsque le foyer était composé d’enfants et de plusieurs générations, le confinement était moins difficile : les rapports sociaux étaient entretenus, et les relations toujours présentes (bien que de nombreux problèmes liés à la proximité avec ses proches sont apparus dans cette même période).


En cela, les différents confinements ne furent pas vécus de la même manière pour une grande partie de la population française. La connaissance de la solitude n’est pas nouvelle en France, mais c’est son ampleur qui a surpris, notamment parmi les jeunes. La crise sanitaire a posé le doigt non seulement sur l’existence de la solitude mais également sur son étendue et ses conséquences.


Privés de cours en présentiel et de vie sociale, souvent logés dans de petits logements sans extérieur, les étudiants ont été en effet les plus touchés par la crise, au côté des personnes âgées, qu’elles soient en établissement spécialisé ou logeant dans leur propre domicile.


Il serait rassurant de se dire que cette vague de solitude n’a grandi qu’en faveur de l’isolement forcé et qu’elle diminue une fois les restrictions disparues, mais ce serait se voiler la face. La solitude est apparue ces dernières années comme une véritable épidémie invisible, pouvant toucher tout le monde sans distinction de genre, d’ethnie ou de croyances.

Mais alors, d’où vient cette solitude ? Quels sont les déclencheurs de ce sentiment bien spécifique et si difficile à repérer ? Et surtout qu’elles en sont les conséquences ?

L’appartenance à la tribu

« L’Homme est un animal social », disait Socrate. Il est dans la nature de l’homme de construire une société dans laquelle vivre et évoluer. Peu importe le modèle social, les hommes vont s’organiser ensemble, que ce soit dans une société communiste, démocratique, oligarchique etc. Ce besoin d’être en groupe est un comportement hérité de nos ancêtres de la préhistoire, s’organisant le mieux possible pour survivre dans un milieu hostile où ils n’ont aucune chance seuls. S’assembler entre plusieurs groupes permet une meilleure nutrition, plus de protection et plus de reproduction. L’homme seul est faible ; en groupe il s’organise, est nettement plus dangereux et puissant. Cette thèse est notamment développée dans les premiers chapitres de l’ouvrage Sapiens:une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari.


Ce besoin de s’associer nous est resté comme un réflexe dans un groupe social. Le 21eme siècle n’est que le niveau bien supérieur de ces premières tribus. Nos tribus modernes consistent en pays, régions et départements à grande échelle. A petite échelle, ce sont les discussions en bas de l’immeuble avec le voisinage, les bandes d’enfants dans la cour d’école, jusqu’aux groupes sur Facebook autour de divers sujets.

Dès l’enfance, nous cherchons à appartenir à un groupe. C’est déjà un instinct naturel mais cet instinct est démultiplié par la pression sociale. Il est en effet mal vu d’être seul, de se tenir dans un coin sans socialiser, sans personne avec soi. Dans notre société, l’état de solitude physique n’est pas bien vu car synonyme d’échec social. Quelqu’un de seul va paraître comme étant à part, ne faisant partie d’aucun groupe, d’aucune communauté, d’aucune tribu. Rester seul dans un coin n’est ni naturel, ni confortable pour la plupart des gens. Le psychologue Abraham Maslow a d’ailleurs placé dans la célèbre Pyramide de Maslow le besoin social et d’appartenance au milieu de sa hiérarchie.


La pyramide de Maslow qui place le besoin social au centre, ici en bleu



La socialisation est donc un réflexe, comme un instinct de survie pour se faire accepter des autres, s’intégrer dans un groupe. Cependant, elle est parfois plus aisée pour certains que pour d’autres. Deux termes reviennent fréquemment pour expliquer les comportements divergents des individus placés dans un regroupement social. Il y a les extravertis, connus pour parler facilement avec les autres, connus ou inconnus. Les extravertis sont tout simplement plus à l’aise dans un public. Ceux appelés introvertis ne sont pas autant spontanés lors de regroupements. Ils vont être beaucoup moins à l’aise, presque intimidés par les foules et les inconnus. Ce n’est pas de l’anxiété sociale, qui elle est un véritable trouble médical, mais juste un tempérament. Ceux se qualifiant d’introvertis pourraient être perçus comme les plus vulnérables face à la solitude et à l’isolement.


Ce serait pourtant une erreur de jugement que de penser que tous les gens déclarant se sentir profondément seuls ne sont que des introvertis préférant rester chez eux plutôt que de sortir les soirs de weekend.

Pour parler de la solitude, il faut d’abord la distinguer du sentiment de solitude occasionnellement ressenti. “Les théories psychodynamiques et interactionnistes voient la solitude comme une expérience subjective et négative, et elles font une distinction entre l’isolement social ou passer du temps seul, de l’expérience subjective de la solitude.” peut-on lire dans une thèse de 2017 écrite par Anna Reetta Ronka.


Il y a en effet une différence majeure entre des moments de solitude ressentis à des moments précis d’une durée plus ou moins longue et un véritable état de solitude. Cet état pourrait être décrit comme un sentiment de non-appartenance, d’être abandonné et mal compris par ses pairs. La solitude ne peut que se ressentir. La remarquer et la notifier est un processus complexe que peu de gens sont capables de percevoir, non pas par manque de compassion mais simplement car c’est difficile. Une personne, qui a beau se trouver au milieu d’une soirée, entourée d’un groupe d’amis peut être dans un moment de solitude intense sans que personne ne le remarque. De ce fait, il est difficile et pesant pour une personne atteinte de solitude de simplement s’avouer se sentir seule. Cela est perçu comme un échec : celui de ne pas être intégré, de ne faire partie d’aucune communauté et d’être incompris.

Tout le monde se sent seul au cours de sa vie pendant des périodes plus ou moins longues. Un déménagement dans une nouvelle ville, une nouvelle école ou tout simplement lors d’une soirée sans connaissances. Un sentiment de solitude va naturellement s’installer. Le monde qui nous entoure est alors inconnu et nous ne savons comment évoluer dedans, comme s’y intégrer. Éventuellement, ce n'est qu’une question de temps avant que l’on se fasse des amis, que l’on reconnaisse les visages du nouveau quartier, tout simplement, le temps de prendre ses marques. Comme dit plus haut, cela peut prendre plus ou moins de temps selon les tempéraments. Néanmoins ces différences de caractère ne sont pas forcément la cause évidente d’une solitude qui s’installe.


C’est la première barrière à faire tomber lorsque l’on évoque la solitude à plus grande échelle. Elle peut toucher tout le monde. Des études concernant notamment les jeunes adultes, jusqu’alors délaissée par les grands rapports sur la solitude au profit des enfants et des personnes âgées, montrent que peu importe le genre, l’isolement touche grossièrement tout le monde.


D’après le rapport annuel de La fondation de France sur les solitudes de 2014, 7 millions de français se sentent seuls. C’est 3 millions de plus qu’en 2010. Bien que les personnes âgées restent les plus touchées dans cette étude, la solitude s’est étendue de plus en plus à une population plus jeune et plus pauvre. En Finlande, l’étude d’Anna Reetta Ronka. sur la solitude de l’enfance à l’âge adulte en a conclu plus ou moins les mêmes chiffres : 15 % des 18-24 ans se sentent seuls et 21% se sentent acceptés dans aucun groupe social.

Dans la même lignée, le Japon est connu pour la solitude de sa population. En 2015, 18,43 millions de foyers comptaient une personne, soit 14.5% de la population. Encore une fois, c’est une majorité de jeunes et de personnes âgées qui sont touchées, menant à un véritable bouleversement sociétal.


Bien qu’il serait difficile de trouver le “déclencheur” de cette vague de solitude dans le monde, on peut néanmoins souligner le fait qu’elle touche principalement les pays développés. En effet, des études montrent que ce sont les pays prônant le plus l’individualisme qui sont en majorité touchés par la solitude. Par exemple, le mythe américain du “self-made man”, littéralement, l’homme qui se construit seul, conduit indirectement sa population à s’isoler afin d’atteindre ses objectifs. Le Royaume-Uni n’est pas en reste dans cette condition puisque en 2018 est créé le Ministère de la Solitude afin d’aider les 9 millions de britanniques souffrant de l’isolement social.

Si ce phénomène n’est pas propre à notre pays, ni à la crise sanitaire, Serait-il dû à une époque ?


La décennie de l’isolement


Que s’est il passé pour que notre époque soit la plus touchée par la solitude à si grande échelle ? Quelles sont les causes de cette pandémie intérieure ?

La réponse facile, la plus accessible pour la plupart des gens serait les réseaux sociaux, les écrans. Ceux qui nous montrent au quotidien, qui nous ouvrent au monde tout en nous exposant, ceux qui guident nos journées tout au long de l’année. Leur rejeter la faute serait facile, mais ce n’est pas l'apparition de Facebook en 2004 qui nous a plongés dans une telle détresse. Cependant, ils ne sont pas absents de l’équation.

Ce serait plutôt l’accumulation de facteurs qui mènerait à la solitude. En effet, la solitude n’est pas un simple trouble qui tomberait par malchance sur quelqu’un : elle est la conséquence de nombreux événements sociaux, de traumatismes plus ou moins lourds, de l’environnement social, de l’éducation, de modes de vie et d’autres micro-causes vécues au long de l'existence.

Il est cependant évident que certains milieux sociaux sont plus aptes à être isolés que d'autres. Le manque de moyens financiers par exemple est l’une des causes de l’isolation des individus.


Évidemment certaines personnes seront plus vulnérables en fonction de leur milieu social. Dans le rapport de la Fondation de France, il est dit que les 17 % des personnes se déclarant isolées toucheraient moins de 1000 euros de revenus mensuels. Avec moins de revenus, les loisirs sont limités, les sorties en ville, les après-midi shopping et les week end improvisés sont moins nombreux, voire absents de la vie des solitaires qui peuvent se retrouver plus facilement isolés. Cependant, un niveau de vie plus élevé qui permettrait ce genre de choses, ne protège pas non plus du sentiment de solitude. John Cacioppo, auteur du livre Solitude: la Nature humaine et le besoin de connexion sociale, donne l’exemple du millionnaire constamment sollicité mais seulement pour l’appât du gain. Ainsi, cet état de solitude pourrait toucher tout le monde.

Les conséquences de la solitude

Dans les études citées plus haut, on s’aperçoit que la solitude est souvent liée à d'autres maladies psychologiques plus connues du grand public, plus concrètes. L’anxiété et la dépression peuvent être à la fois un levier et une conséquence de la solitude. L’individu se retrouve alors dans un cercle vicieux ou les vices l'empêchent de se sortir d’autres vices.


C’est ainsi que la solitude est la première cause de mortalité indirecte au monde. Elle se lie à d'autres problèmes physiques et psychologiques dont il devient de plus en plus difficile de sortir sans aide extérieure.

En plus du risque psychologique, la solitude représente également un danger au niveau de la santé. Plusieurs études montrent en effet que la solitude à long terme augmente le risque de cancer, de maladies cardiovasculaires.


La docteur Lisa Jarema, professeure assistante des sciences du cerveau à l'université du Delaware soupçonne même la solitude comme bien plus problématique pour l’être humain. “Ce besoin d’appartenance est un besoin pour l’être humain. Comme l’air que l’on respire, les rapports sociaux sont autant nécessaire pour une vie saine.”


Chez les personnes âgées, la solitude a un impact presque évident sur la santé mentale. L’isolement et le manque de stimulation mènerait le cerveau et les capacités cognitives à “stagner” et être moins efficaces. Ainsi, la solitude serait un déclencheur prématuré de démences et de pertes de mémoire.


Des scientifiques ont d’ailleurs mené une étude sur l’impact de la solitude sur le cerveau. Ils ont remarqué que certaines régions cérébrales sont bien plus stimulées qu’une personne plus sociabilisée. Par exemple, ce qu’on appelle le “réseau cérébral par défaut," c’est-à-dire la partie qui s’active lorsque l’on se “perd” dans nos pensées, est bien plus actif chez les personnes seules. Ainsi, les personnes seules amélioreraient par défaut leur mémoire dans une moindre mesure.

Ainsi, d’après toutes ces études et recherches faites depuis plusieurs dizaines d’années, on remarque que la solitude a un impact négatif sur le cerveau et en général, sur la santé mentale et physique.

Rester dans ces conditions mentales et physiques n’est pas viable, tant au niveau de l’individu qu’au niveau de la société. Bien que les sociétés ne soient pas bouleversées par les changements sociaux, les comportements humains changent. Sortir les individus de la solitude est primordial, d’abord pour leur santé individuelle et leur permettre d’exploiter leur plein potentiel mais aussi au niveau sociétal qui ne peut pas perdurer dans la direction de l’isolement global. Mais quelles sont les solutions ?


La compagnie à tout prix


La solitude est un problème récurrent de nos jours, les solutions pour en sortir sont nombreuses. Cependant, toutes ne sont pas forcément justes et peuvent être un simple écran de fumée plongeant les solitaires plus loin dans leur détresse.

Les réseaux sociaux ont été évoqués plus haut. Nous sommes en effet dans une époque et une société ultra connectée. Selon le rapport annuel de l'agence We are social, il y aurait 4.20 milliard d’utilisateurs de réseaux sociaux dans le monde. Dans les sociétés occidentales privilégiées, il est presque vu comme anormal de ne pas avoir de compte sur l’une des principales plateformes telles que Facebook, Instagram ou Snapchat. Que se passe-t-il sur les réseaux, à quoi servent-ils ?


La première fonctionnalité promue par les compagnies est le partage. Partager ses vacances, les petites et les grandes joies de la vie, partager son art et ses passions. Photos, textes vidéos ou musique, tous les médias peuvent être exploités selon les plateformes utilisées. Mais ce partage ne peut se faire que dans les deux sens. Le but ultime des réseaux sociaux est de voir et se faire voir. Et si l’on se convainc au début que nous n’avons pas besoin d'être vu, seulement de voir, notre cerveau va lentement se conformer à l’idée de recevoir de l’attention. En effet l’attention provoque de la dopamine, comme un “shot” de bonheur lorsque l’on reçoit des preuves d’affections virtuelles. Que ce soit par le biais de likes, de vues ou de partage, toutes les plateformes proposent un moyen de recevoir ces shots. Sinon à quoi bon montrer son weekend si personne ne nous félicite ?



Statistiques représentant le nombre de jeunes entre 13 et 17 ans actifs sur les réseaux sociaux - 2020



Ainsi, les réseaux sociaux peuvent être vu comme une échappatoire. Ils nous ouvrent au monde, nous permettent d’atteindre des contrées lointaines et des gens d’horizons aussi divers que variés. Nous pouvons plus facilement se faire des amis par leur biais. Trouver des gens avec les mêmes centres d'intérêt, les mêmes loisirs et goûts est bien plus aisé à travers les réseaux sociaux, car des filtres peuvent être ajoutés. Il y a moins de risques de déception sociale que dans la vraie vie où les filtres sont bien plus difficiles à appliquer. D’autant plus que les réseaux nous permettent également de ne partager que ce que l’on souhaite, en oblitérant certains aspects de nos être que nous aimons moins.

L’appartenance à la tribu évoquée au début de l’article peut se créer par le prisme des réseaux qui permettent un nombre presque infini de tribus différentes et ainsi de réunir des individus entre eux.


Mais si cette échappatoire peut marcher pour certaines personnes, les rapports humains à travers les écrans ne peuvent pas être une solution à long terme pour sortir de la solitude et retrouver des liens sociaux véritables. Tout d’abord, tout le monde n’a pas un accès à internet. Les personnes âgées ont par exemple un rapport bien différent aux écrans par rapport aux générations plus jeunes. De plus, on estime qu’en France environ 6.8 millions de personnes n’ont pas un accès optimal à internet.


Ensuite, si les réseaux apportent éventuellement une porte de sortie à la solitude, elle peut aussi en être le terreau. Ce n’est pas une surprise de dire qu’internet et son contenu peuvent mener rapidement à des troubles mentaux. En effet, l’attente de l'assentiment des autres, la vision d’images parfois choquantes et le partage de certains contenus peuvent remettre les utilisateurs en questions. Par conséquent, ils vont se sentir moins bien dans leur peau, cela va provoquer une baisse de l’estime de soi et mener dans certains cas potentiellement à une dépression, ou encore à de l’anxiété. Les rapports à travers les écrans ne seront jamais aussi bénéfiques que ceux dans la vraie vie. Se renfermer sur soi pour ne plus qu’exister sur internet ne peut mener à long terme à rien de bon pour l’individu se sentant seul.


C’est le cas par exemple de ce que l’on appelle les “hikikomoris” au Japon. Généralement, ces jeunes personnes s'isolent de manière extrême. Ils ne sortent presque pas de chez eux et passent leur journée à l'intérieur, sans lien social autre qu'au travers des écrans. Il est extrêmement difficile d'en sortir tant ces individus sont isolés. Si c’est différent d’une dépression “classique”, les hikikomoris restent néanmoins en situation de détresse dans une société qui ne leur convient plus, dont ils n’attendent plus rien.


Le japon est l’un des pays les plus solitaires au monde avec 18.42 millions de foyers ne comptant qu’une personne en 2015. De ce fait, il n’a pas fallu longtemps pour que les entreprises s'adaptent à ce nouveau profil de consommateur. Ce business de la solitude fait un carton au japon en proposant divers services tels que les karaokés individuels, les bars à câlins ou même la location d’amis. On pourrait remettre en question l’éthique des ces méthodes commerciales s'appuyant sur un réel problème sociétal mais à défaut de supprimer la solitude, ces entreprises donnent des solutions temporaires pour soulager, moyennant finances, les individus les plus solitaires.


Finalement, peut-on réellement sortir de la solitude ?


Les entreprises proposant des solutions dans cette direction n’ont pas pour objectif premier d’aider les solitaires : ce sont des entreprises dont le but est de faire du bénéfice en exploitant un besoin et en proposant de quoi satisfaire ce besoin.

Cependant, face à l’ampleur du phénomène, des associations se sont formées, des ministères sont créés et il existe des alternatives à l'isolement social. Dans la plupart des communes françaises, il existe des associations sportives où l'inscription est accessible, de même dans les universités où les groupes d’études et les associations sont nombreux et ouverts à tous.


Pour les personnes âgées, il existe depuis quelques années des modes de résidence en communauté, leur permettant de conserver une certaine autonomie tout en étant en contact avec d'autres personnes à proximité. Comme une résidence universitaire mais pour les doyens, avec des espaces communs où partager des moments de vie. Ces résidences séniors permettent aux personnes âgées de conserver un lien social ainsi qu’une certaine autonomie et d’avoir accès à des soins et des services adaptés à proximité.


La solitude est donc perçue comme quelque chose de négatif. Elle l’est pour une grande majorité des personnes qui doivent être aidées et guidées vers de meilleures interactions sociales. Mais pour d'autres, la solitude est recherchée, convoitée.




La solitude bien aimée



A se poser la question de la solitude, on peut rapidement parvenir à la philosophie et se demander quels sont les bénéfices de la solitude. Est-ce une nouvelle façon d’exister ? Sans même aller dans les annales des plus grands philosophes, de simples proverbes courants prônent cette solitude bénéfique : “Mieux vaut être seul que mal accompagné”. Nombreux seront les philosophes à être d’accord avec ce proverbe commun.

Henry David Thoreau, philosophe américain du XIXème est connu notamment grâce à son œuvre Walden ou la Vie dans les bois. Pendant deux ans, il est parti vivre au bord de l’étang du même nom, a construit sa propre cabane et a fait pousser sa propre nourriture. Ce livre est un journal où il raconte ses pensées et déboirs dans l’existence solitaire dans ces bois. Un chapitre entier est consacré à la solitude et à ce que ses visiteurs et contemporains lui donnent comme vision de sa condition. Il raconte d’ailleurs ceci “Je n’ai jamais eu d’autre compagnon plus agréable que la solitude”. Dans cette autobiographie, il narre ses journées et la manière dont il voit la vie retranchée dans sa cabane. Pour lui, la solitude est le moyen de devenir un homme meilleur, d’avoir une vie plus simple et plus concrète.


Dans la même veine, Schopenhauer, philosophe allemand, nous dit “On ne peut être vraiment soi qu’aussi longtemps qu’on est seul. Qui n’aime donc pas la solitude n’aime pas la liberté car on est libre qu’en étant seul”. Pour lui, c’est en étant seul que l’on peut être réellement soi même, sans être soumis aux contraintes sociales et donc être heureux. Le bonheur viendrait de la solitude et de la liberté d’être soi.


Cette recherche de la solitude est intrinsèquement liée à la recherche de l’authentique. S’éloigner de la société moderne toujours en quête de mouvement et d’évènements pour ne prendre que l’essentiel au bonheur et à l’épanouissement. L’apparition du burn-out dans nos vies modernes et de plusieurs troubles mentaux liée à notre société démontre comme une erreur, un bug dans notre façon de vivre et de consommer.

Pour certains, se retrancher seul, se retrouver face à soi est une manière de faire face à ces nouveaux défis, à se préparer et mieux se connaître afin de poursuivre une vie la plus saine possible


En remettant ces pensées des philosophes au goût du jour, nombreux sont ceux à mettre en pratique ces théories de solitude menant au bonheur. Les retraites méditatives sont en vogue depuis quelques années. Cela consiste à se retirer du quotidien pendant une période donnée afin de faire une introspection et de se retrouver afin d’exploiter son plein potentiel. Les retraites méditatives proposent des expériences très différentes selon la plateforme choisie, allant du yoga et des séances de marche méditative à des séjours silencieux avec des moines bouddhistes en Thaïlande.



Le domaine du voyage a également été impacté par cette recherche de solitude d’introspection.

Le voyage est pour la plupart des gens un moment de partage en famille ou entre amis. Pour certains, c’est l’inverse. c’est l’occasion une ou plusieurs fois dans l’année de se retrouver seul, de faire ce que l’on souhaite sans aucune contrainte extérieure, le moment de prendre soin de soi et que de soi. Pour ces solitaires, le voyage est un exutoire, un moyen de se dépasser pleinement et de découvrir de quoi leur corps et leur esprit est capable.


Dans un TED Talk, Jessica Pommier, une voyageuse solo raconte qu’en voyage “La solitude empêche l’isolement”. Cela peut paraître paradoxal mais lorsque l’on interroge des personnes ayant voyagé en solitaire, que ce soit en France ou à l’étranger, on va entendre des histoires de rencontres, des moments de partage avec des inconnus presque à chaque fois. En étant seul en voyage, on est plus ouvert aux autres et plus accessible. La solitude amène donc à la communication et au partage. En voyage, dès que l’on croise un autre voyageur seul ou non, les individus forment des tribus plus facilement puisqu’ils sont dans la même situation.


Ces moments de partage entre inconnus ont souvent une portée plus élevée que des moments de tous les jours avec des personnes que l’on connaît. Ces relations brèves, parfois de quelques heures seulement, sont vécues plus intensément et ont un impact plus grand que dans la vie quotidienne.


Des explorateurs sont également connus pour leurs expéditions dans des conditions et des milieux extrêmes en solitude. On peut notamment citer Mike Horn, qui a traversé l'Antarctique en solitaire et Sarah Marquis, connue pour ses expéditions au travers de continent en solitaire notamment l'Australie et la Mongolie, récits retrouvés dans différents ouvrages.


Des histoires connues du grand public retranscrivent ce sentiment étrange de solitude partagé entre des individus au même endroit au même moment. En reprenant de nouveau Thoreau qui fait tout au long de Walden une déclaration d’amour à la Nature, ces témoignages ont souvent lieu au milieu de grands espaces.


Le livre Wild par exemple retrace l’histoire vraie de Cheryl Strayed qui, après le décès de sa mère, décide sur un coup de tête de parcourir seule le Pacific Crest Trail qui traverse les États-Unis du sud au nord. Elle rencontre de nombreuses personnes sur le chemin avec qui elle partage des moments nécessaires à son deuil qu’elle apprend à surmonter lors de ce trek en solitaire. Ce livre a d’ailleurs été adapté au grand écran en 2014.



Extrait du film HER avec Joaquin Phoenix - La solitude en pleine ville



Mais l’un des film les plus connus parlant de voyage et de solitude est probablement Into the wild, lui aussi tiré d’une histoire réelle et du livre du même nom. Un jeune américain, Christopher McCandless, met sa vie de côté pour partir vivre dans les grandes étendues de l’alaska afin de se retrouver et vivre la “vraie” vie. L’un de ses modèles qui est cité tout au long de son histoire est d’ailleurs Thoreau. Cependant, au bout de son voyage, il en viendra à la conclusion que “Le bonheur n’est réel que partagé”, de quoi remettre en question le choix de se retirer entièrement de la société.


Les films narrant la solitude au milieu des autres sont également nombreux. On peut notamment citer Her avec Joaquin Phoenix qui dépeint un homme seul s’attachant à une intelligence artificielle qu'il ne peut qu’entendre. Seul au beau milieu des gens, ce film permet d’avoir un aperçu de ce que peut être la solitude en milieu citadin.


Toutes ces histoires contées en viennent au même message de fin : la solitude permet de profiter de soi, de se retrouver et de se connaître mieux qu’en aucune autre situation tout comme elle rend les rencontres plus impactantes et nécessaires à l'épanouissement.



Finalement, avant d’être la solution de l’épanouissement personnel, la solitude reste mal vécue pour la plupart des individus qui en souffrent. Ce phénomène qui impacte de plus en plus de gens dans le monde ne fait que doucement réagir. La solitude des individus ne disparaîtra pas d’elle-même, et quand bien même elle est reconnue comme un véritable problème sociétal, trop peu de solutions concrètes existent en France et dans le monde pour l’atténuer.


Peut être que cette solitude devrait être considérée comme le symptôme d’un problème plus ancré, de quelque chose de plus grand, de plus grave. Peut être qu’elle n’est que la répercussion d’un système individualiste qui a fait ses preuves sans pour autant donner la solution. Les conséquences à long terme et l’évolution de la solitude dans le monde sont encore à attendre, cependant, c’est maintenant qu’il faut agir afin de les limiter au maximum.



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Norma Legendre, rédactrice chez Décryptage Citoyen International

Le 2 novembre 2021




Pour aller plus loin :



Sources utilisées pour la rédaction de ce billet décryptage :

















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