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Municipales : quand le virus fragilise la légitimité des élections

Ce dimanche 28 juin 2020 va clôturer les élections Municipales françaises de 2020 avec la tenue d’un second tour qui fera date comme étant le premier scrutin sous la Ve République à avoir fait l’objet d’un report partiel, suite à la crise sanitaire inédite entrainée par l’épidémie mondiale du virus SARS-CoV-2.



Les municipales consistent en l'élection au suffrage universel direct des membres du Conseil municipal de chaque commune. Les conseillers municipaux vont ensuite désigner par un vote le nouveau maire. La mandature concernée s’étend de 2020 à 2026 et concerne un total de 34 968 communes : un chiffre en baisse par rapport à 2014 qui s’explique par la création dès 2012 de 774 nouvelles communes à partir de 2508 autres alors devenues des communes déléguées.



Un taux d’abstention record


Initialement prévues les 15 et 22 mars 2020, les élections municipales françaises n’ont pas échappé aux nombreuses mesures prises par le gouvernement dès le 12 mars en réponse à la crise sanitaire inédite entraînée par la propagation mondiale du virus SRAS-CoV-2 depuis fin 2019. Malgré un premier tour maintenu le 15 mars dans avec de nouvelles mesures sanitaires, nombreuses sont les communes où moins de la moitié des électeurs ont fait le déplacement pour voter, si bien que le Ministère de l’intérieur estime un taux d’abstention de 55 % : un record pour ce type d'élections, dont la moyenne d'abstention oscillait entre 20 % et 35 % depuis 50 ans. Dès lors, se pose la question de la légitimité d’un tel scrutin : avec plus de 30 000 maires élus dès le premier tour, ce qui correspond à 86% des communes françaises.


De nombreux citoyens estiment que cette élection n’est pas représentative de l’ensemble des habitants de ces communes, où lorsque le maire est élu directement, le scrutin est systématiquement validé. Néanmoins, Pour les communes où aucune liste n’a atteint le score nécessaire de 50 %, le code électoral prévoit l’organisation d’un second scrutin. Cela concerne en majorité les moyennes et grandes communes, soit une part importante des électeurs français, étant donné que 47 des 53 villes françaises comptent plus de 100 000 habitants, à l’exception du Havre et de Toulon. En effet, plus une ville compte d’administrés, plus les enjeux sont importants. Paradoxalement, pour les trois villes les plus peuplées de France, l’élection du maire est indirecte. Ainsi, parisiens, marseillais et lyonnais votent uniquement pour leur maire d’arrondissement. C’est ensuite l’ensemble des conseils municipaux d’arrondissement qui voteront pour le maire de la ville, proportionnellement aux nombre de votants par arrondissement.



Les campagnes municipales : un débat devenu écologique


Au vu de l’amélioration de la situation sanitaire de la France, le gouvernement français s’est finalement arrêté sur la date du dimanche 28 juin, après de longs mois de réflexion pour la tenue du second tour. Une fois cette date annoncée, les campagnes municipales, jusqu’ici interrompues, ont donc repris dès la fin du mois de mai, avec le début de la phase de déconfinement du pays. Seulement les partis se sont heurtés à des citoyens dont l’état d’esprit n’est parfois plus le même après avoir fait face aux conséquences de la pandémie. Ainsi, les méthodes de « boitage » et de « tractage » ne font plus l’unanimité. L’exemple parisien est éloquent : des équipes de campagnes dépourvues de masques de protection pourtant préconisés par le gouvernement entrent au contact des riverains et distribuent des programmes papiers au mépris des autres préconisations sanitaires.

Dans d’autres villes comme Rueil-Malmaison (92), la campagne prend une forme entièrement numérique : les listes candidates emploient les réseaux sociaux comme de véritables outils de communication (Live Facebook, interventions sur Twitter, etc…). Par ailleurs, les citoyens français ont pu observer une sensible évolution dans les programmes de certains partis, ce qui peut être interprété comme le fruit d’une prise de conscience collective sur les enjeux sociaux comme écologiques, etc.


À quelques jours du second tour, Le report partiel de ce scrutin fait encore face à une véritable crise de légitimité. Dans un premier temps, le choix du gouvernement de maintenir le premier tour à la date initiale en dépit des risques sanitaires a fait débat au sein des citoyens, certains estimant que cela relevait d’un mauvais calcul politique affichant des contradictions dans les priorités du gouvernement entre protection sanitaire et importance de la vie civique. Par ailleurs, l’hypothèse d’une invalidation du premier tour, ne serait-ce que pour les villes n’ayant pas élu directement de maire, continue d’être défendue. Face à une telle controverse, les élections futures voient pointer l’hypothèse d’un vote obligatoire pour l’ensemble des électeurs, comme c’est déjà le cas dans certains pays comme la Belgique, où l’on considère que l’abstention participe à biaiser le système démocratique.


Vers un nouveau mode de campagne et de scrutin ?



Se pose également la question des campagnes électorales à venir. Au delà de leur coût conséquent, les campagnes politiques suscitent de plus en plus de débats du fait du gaspillage de papier qu’elles impliquent, notamment avec la distribution massive de tracts pour présenter les programmes, qui sont régulièrement jetés sans être réellement étudiés.Un paradoxe pour les partis revendiquant une dimension écologique incluant un projet de réduction des déchets.


Face à l’ampleur que prennent ces questions vis-à-vis de l’opinion publique, il est fort probable qu'un mode de campagne 100% numérique s’impose progressivement, ouvrant peut-être la voie à la mise en place d’un vote électronique en lieu et place du traditionnel vote à bulletin secret.


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Louis Zuber, rédacteur France chez Décryptage Citoyen

Le 26/06/2020

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