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Les politiciens sur les réseaux sociaux, la nouvelle arme des élections ?


L’entrée des politiques sur les réseaux sociaux dans l’objectif de gagner la campagne électorale débute aux États-Unis en 2008 lors des élections présidentielles américaines. En effet, Barack Obama utilise Facebook ou encore Myspace pour se forger une communauté conséquente et partager ses idées politiques. C’est presque 10 ans plus tard que les politiques français se lancent dans une campagne à travers les nouveaux médias. Jean Luc Mélenchon, accompagné d’Antoine Léaument lance sa chaîne YouTube, faisant de lui le premier youtubeur politique comptabilisant plus de 550 000 abonnés. Aujourd’hui, l’utilisation des réseaux sociaux par les figures politiques s’est complètement démocratisé et cela même au sein du gouvernement ; Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement effectue régulièrement des lives sur instagram et détient sa propre chaine twitch tandis que le président de la République Emmanuel Macron est actif sur de nombreux réseaux allant jusqu’à la plateforme de divertissement Tik Tok.



Caricature réalisée par le dessinateur Kak



L’entrée des personnalités politiques sur les réseaux sociaux bouleverse considérablement le fonctionnement de la communication politique et entraîne par ailleurs de nombreuses interrogations quant à sa légitimité.



La sollicitation des influenceurs par le gouvernement durant la pandémie


Afin de mener à bien leur communication politique ou de simplement communiquer avec la jeunesse sur les actions et projets du gouvernement, celui-ci a fait appel à des influenceurs.


Après avoir établi un partenariat en 2019 avec le célèbre youtubeur Tibo Inshape pour promouvoir le Service National Universel, le gouvernement n’a cessé d'interpeller de nombreux influenceurs des réseaux sociaux durant la pandémie mondiale de la Covid-19. Lors du dernier confinement, Gabriel Attal a réalisé des “lives” sur le réseau social Instagram avec divers influenceurs qui posaient au gouvernement les questions de leur communauté. Parmi ces derniers, Swan the Voice, EnjoyPohenix ou encore l’ex Miss France Marine Lorphelin.


Si pour certains, il s’agit d’une stratégie honorable permettant aux jeunes de comprendre, d’être informé et de s'intéresser à la politique à travers leurs influenceurs préférés, pour d'autres ce n’est autre qu’une façon pour le gouvernement de contourner les journalistes et les questions dérangeantes. En effet, les influenceurs n’ont pas de formation particulière dans le domaine et ne sont pas armés pour s’entretenir correctement avec le porte-parole du gouvernement. Les critiques sont d’autant plus vives lorsque Gabriel Attal effectue une séance de questions-réponses sur les projets de l'État avec Swan The Voice, deux jeunes de 9 et 16 ans, célèbres pour leur contenu divertissant mais surtout trop jeunes et étrangers à la politique.

Les contestations se sont intensifiées lorsque le porte-parole du gouvernement a lancé en février 2021 son émission #Sansfiltre dans laquelle il s’entretient avec des invités sur des problèmes d’actualité. Lors de la première émission, il invitait quatre influenceurs à parler de la précarité étudiante. Cependant, aucun des intervenants n’était scolarisé ou n’avait même vécu une vie d’étudiant. A l’heure où la jeunesse vit une période particulièrement difficile, les étudiants ont accueilli avec colère cette initiative et ont formé un mouvement #etudiantspasinfluenceurs sur Twitter pour dénoncer ce comportement.




Réactions sur Twitter de certains étudiants suite à l’émission de Gabriel Attal


Aujourd’hui, la sollicitation d’influenceurs par le gouvernement divise. La difficulté se retrouve aussi dès lors qu’une confusion entre communication partisane et information gouvernementale s’installe.


Une critique de la collaboration entre Emmanuel Macron et deux célèbres youtubeurs


La communication partisane se caractérise par les moyens permettant de promouvoir un parti en vue d'élections à venir. À l’inverse, l’information gouvernementale a pour objectif de tenir au courant les citoyens des actions du gouvernement et des mesures prises par celui-ci comme les horaires du couvre-feu ou bien les modalités de sorties durant le confinement par exemple. La difficulté est que le gouvernement se retrouve à créer une confusion entre ces deux domaines.


L'émission #sansfiltre par exemple avait un objectif d’information des citoyens mais en parallèle était diffusé sur la chaîne privée du réseau social Twitch de Gabriel Attal, chaîne non soumise au CSA, et par conséquent indépendante du gouvernement. De même, le Président de la République a proposé à deux célèbres youtubeurs, Mcfly et Carlito dont la communauté est composée de plus de 6,5 millions de personnes, de faire une vidéo dans laquelle les deux influenceurs promettent les gestes barrières. Par la suite le président de la république tournerait la vidéo de leur choix sur cette même chaîne youtube. Le 23 mai 2021, une vidéo intitulée Concours d’anecdotes avec le Président de la République est publiée sur la chaîne de Mcfly et Carlito.



L’initiative d’Emmanuel Macron a été vivement critiquée. Toute la question est de savoir le rôle du président de la République. Dans sa définition la plus simple mais aussi la plus globale, il se caractérise par le chef de l'État. Ce dernier a donc pour rôle d’assurer la continuité de l'État à travers ses actes et selon un programme politique.


Le problème d’une telle vidéo peut donc être que celui-ci effectue une mission qui n’est pas la sienne. Réaliser une vidéo de divertissement n’est en aucun cas le rôle d’un Président de la République. Il pourrait s’agir d’un élément de communication pour le gouvernement, ce qui est autorisé. Cependant, la communication du gouvernement se doit nécessairement de comporter un aspect politique. La vidéo de Mcfly et Carlito ne contient pas explicitement de message politique ; le Président de la République se présente aux français en tant que personne agréable et accueillante et non à travers son bilan politique. Ainsi, la légitimité de ce dernier à se trouver dans une telle vidéo est discutée.


Un second point peut faire réagir : il s’agit de l’usage des réseaux sociaux en vue d’une campagne présidentielle. À près d’un an des nouvelles élections présidentielles, le gouvernement a tout intérêt à user de sa position de force pour tenter de se faire apprécier et réélire. En théorie, on ne peut pas considérer officiellement qu’il s’agisse d’une action dans le cadre de la présidentielle étant donné que la campagne présidentielle n’ouvre qu’en mars 2022. Pourtant, dans la pratique, le président de la République agit en dehors de tout message politique et tente de se donner une image accessible, auprès des jeunes notamment, au vu du public des deux célèbres youtubeurs, comme le montrent les exemples précités.


Deux problèmes se posent alors quant à l’utilisation des réseaux sociaux par le gouvernement.

Dans un premier temps, si le gouvernement agit bien dans l’objectif d’une future élection, celui-ci bénéficie d’un avantage considérable par rapport aux autres partis. En effet, les deux célèbres youtubeurs ont accepté de tourner leur vidéo car il s’agissait du Président de la République ; ils auraient difficilement accepté un simple représentant de parti. Le parti actuellement en place est donc le seul à bénéficier réellement de la collaboration des influenceurs. De plus, les candidats, dû à l’épidémie de la Covid-19 sont privés de meetings, alors que le gouvernement, du fait de son statut bénéficie d’un public de masse à travers les réseaux sociaux.


Enfin, peu de règlements encadrent ces nouvelles plateformes. Par conséquent, les temps de paroles des politiques ne sont pas limités ou encore, comme précisé précédemment, les activités effectuées par les politiques sur les réseaux sociaux ne sont pas contrôlées par le CSA, seule instance capable d’avoir un impact juridique.


L’usage des réseaux sociaux par le gouvernement est très critiqué du fait de l’avantage qu’il lui confère. Mais il convient d’étudier factuellement la réelle influence de ces pratiques sur les élections.



L’influence de l’intervention des politiques sur les élections


Le public des influenceurs sollicités par le gouvernement est relativement jeune. La plupart n’étant pas en âge de voter, l’influence de l’intervention du gouvernement sur les réseaux sociaux reste limitée.


Parmi les personnes en âge de voter, celles ayant déjà une réelle opinion politique ne pourront pas être influencées par une simple vidéo de divertissement telle que celle réalisée par les deux célèbres youtubeurs. Ainsi, les seuls individus susceptibles de se retrouver réellement influencés sont à l’origine sans opinion. Parmi ceux-ci, beaucoup se reposent sur l’image renvoyée par le politique. Leur avis est donc variable et incertain ; dès lors qu’un autre politique fera une apparition dans laquelle il paraîtra agréable, celui-ci serait susceptible de remporter les votes des électeurs n’ayant pas d’opinion politique déterminée. La vidéo effectuée par Emmanuel Macron en compagnie de Mcfly et Carlito sera peut être dans un an, oubliée de tous suite aux interventions des autres politiques. L’impact électoral d’un tel acte semble alors être faible, cela s'inscrit dans le moyen terme : il s’agit de pleins d'actes ponctuels créant un environnement favorable autour du voteur pour faire pencher la balance.


Toutefois, Daniel Kahneman, psychologue et économiste américano-israélien et détenteur d’un prix Nobel d’économie, a développé la théorie de l'heuristique de jugement dans laquelle il affirme que l’homme n’est pas un individu rationnel. En d’autre termes, on est capable de voter pour un candidat parce qu’il nous paraît “sympa”.

Alexander Todorov, professeur Bulgare de psychologie a pu constater à travers une étude menée par ses soins que les traits du visage d’un candidat avaient une influence sur le vote des électeurs.

Ainsi, le vote des électeurs peut être orienté en fonction de la personne du politique mais le degré d’influence est difficilement décelable puisque les mécanismes décrits précédemment, sont, selon ces professionnels, totalement inconscients.



Décryptage Citoyen International a pour but principal de décoder l’actualité,

pour un citoyen plus éclairé

Mazarine Guillossou, rédactrice chez Décryptage Citoyen International.

Le 7 septembre 2021



Pour aller plus loin :


Daniel Kahneman et les biais cognitifs, RSE magazine


Les effets des réseaux sociaux dans les campagnes américaines, Cairn.info



Sources utilisées pour la rédaction de ce billet décryptage :


Réseaux sociaux : un moyen pour les politiques de communiquer avec les jeunes, France Info


Les heuristiques : l'influence des raccourcis de jugement dans la persuasion et la prise de décision, Cairn.info


Emmanuel Macron avec McFly et Carlito ou la ruse du youtubeur politique, L’OBS


Emmanuel Macron reçoit les youtubeurs McFly et Carlito à l’Élysée, Ouest France


EnjoyPhoenix réclame un journaliste pour pouvoir "rétorquer" à Gabriel Attal, RTL


Inference of competence from Faces Predict Election Outcomes, Sciences AAS


Gabriel Attal, un influenceur au gouvernement, Libération


Emission Sans Filtre de Gabriel Attal


Live Instagram, chaînes Twitch, comptes TikTok... A quoi jouent les politiques sur les réseaux sociaux ?, France info




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