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Le procès de Julian Assange : nouvelle atteinte à la liberté d’expression ?


Des partisans de Julian Assange devant le tribunal après le premier jour de l'audience d'extradition de Julian Assange au Old Bailey, à Londres, en Angleterre, le 7 septembre 2020.

Le journalisme d’investigation, menacé par une loi de contre-espionnage


Le procès Assange, entamé en février dernier et prolongé jusqu’au mois de septembre s’est clôturé le 2 octobre 2020 à Londres. Le verdict ne sera rendu que le 4 janvier prochain. Le président Donald Trump accuse le fondateur du média WikiLeaks d’avoir publié des documents privés mettant en danger la parole du gouvernement américain. La décision de dix-huit chefs d’inculpation rejoint celle du président américain dans l'incrimination du lanceur d’alerte pour affaire d’espionnage et de hacking. Si le procès américain avait lieu et que sa culpabilité était avérée, Julian Assange serait condamné à 175 ans derrière les barreaux.


Dans un cas similaire d’espionnage, en 2013, le soldat Manning, ancienne informatrice de Wikileaks qui a révélé les abus (1) des États-Unis en Irak et en Afghanistan, avait été condamnée à 35 ans de prison par les autorités américaines. L’histoire avait pris une bonne tournure car Barack Obama avait gracié la jeune femme en janvier 2017 et autorisé sa sortie de prison en mai 2017. Toutefois, il reste que Julian Assange avait soutenu la jeune femme dans son investigation sur les documents confidentiels en endossant le statut de “complice” (2).



Une décision importante pour la Cour suprême britannique


Face à la pression américaine, le tribunal britannique a dû prendre une décision cruciale concernant la possible extradition du cyber-activiste australien vers les États-Unis. Le gouvernement équatorien avait accordé à Julian Assange un asile politique à l’ambassade d’Equateur à Londres alors que celui-ci le demandait depuis juin 2012.


Celui-ci étant accusé par la Cour suédoise d’agressions sexuelles envers des jeunes femmes. Radio France internationale (3) affirme que sous la présidence de l’équatorien Rafael Correa, Julian Assange était le symbole de la liberté d'expression persécutée ; une carte à jouer pour l’Équateur en opposition aux États-Unis. Sept ans après, à l’arrivée au pouvoir de Lenin Moreno, l’Équateur rétablit les relations avec les États-Unis. Les tensions devenant palpables, il était de plus en plus difficile de protéger celui qui a participé à la publication de plus de 700 000 documents sur les activités militaires et diplomatiques américaines.


Julian Assange avec le révérend américain Jesse Jackson, militant politique pour les droits civiques devant l'ambassade de l'Équateur à Londres.


La fin d’une bénédiction et le début du calvaire


Le président Lenin Moreno déchoit Julian Assange de la nationalité équatorienne ; le moment devient donc opportun pour les États-Unis de réclamer son extradition vers le sol américain. Pourtant, la justice britannique refuse et incarcère Julian Assange à la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres où sont surveillés les plus grands suspects terroristes. Il est révélé que les conditions de détention (4) de Julian Assange sont pour le moins des plus déplorables. En mai 2019, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer et son équipe médicale lui ont rendu visite en cellule. Ils constatent que le fondateur de WikiLeaks présente « tous les symptômes typiques d'une exposition prolongée à la torture psychologique ». Son état s’étant aggravé, le même expert estime en novembre que « sa vie est en danger » tel que le retranscrit l’organisation non gouvernementale Amnesty International (5). Certains pointent du doigt le Royaume-Uni qu’ils accusent de non-respect des Droits de l’Homme.



WikiLeaks, plateforme d’information qui a révélé les plus grandes affaires restées secrètes par les États-Unis


WikiLeaks a dévoilé de nombreux documents confidentiels dont personne ne doutait l’existence. Sur la période d’avril à octobre 2010, l’organisation publie plus de 500 000 documents classifiés par l’armée américaine concernant les guerres en Irak et en Afghanistan. Ces révélations ont permis d’éclaircir le nombre exact de civils tués qui était alors resté confidentiel par les autorités américaines. Deux ans après, c’est près de 2 millions de courriers (6) de figures politiques qui sont dévoilés, embarrassant le régime de Bachar el-Assad en Syrie selon le journal Le Parisien (7).


Après avoir montré les secrets tenus par l’armée américaine, la plateforme d’information s’implique dans de nombreuses campagnes électorales. A l’instar de la campagne présidentielle américaine de 2016, WikiLeaks contribue à la fragilisation du parti démocrate. Des milliers de mails du parti (8) d’Hillary Clinton à ce moment-là sont dévoilés. Le fondateur de WikiLeaks est alors suspecté d’avoir voulu influencer l’opinion publique et inciter la nomination du candidat républicain Donald Trump à la Maison-Blanche. Cette intervention lui a même valu d'être accusé de complot avec les russes. Un an plus tard, naissent les « MacronLeaks » (9) qui sont composés de 20 000 courriers électroniques du candidat Emmanuel Macron et de ses collaborateurs. Une nouvelle fois, ils sont dévoilés en pleine tension électorale, la veille de son élection, mais n’empêcheront pas son arrivée à l’Elysée.



Interrogés pour donner leur opinion sur l'affaire WikiLeaks, à travers le réseau international des sites ZDNet (10) composé de la Chine, le Japon, les États-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Australie et la France). En tout, plus de 11 300 lecteurs ont répondu au sondage (11). Voici leurs réponses comparées, pays par pays. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les États-Unis sont le premier pays du diagramme à être en désaccord avec la publication de documents confidentiels par WikiLeaks. De fait, les révélations concernant les États-Unis ont terni leur image de superpuissance mondiale et ont levé le voile sur des secrets d’Etat. Dans la liste, s’ensuit le Royaume-Uni qui a des liens très forts avec le continent américain. Mais le soutien général pour la plateforme est sans précédent, la majorité est favorable à son maintien.



Un procès au nom de la Vérité, après dix ans de révélations de WikiLeaks


Julian Assange a créé WikiLeaks en 2006 dans le but de démasquer les secrets et de dénoncer les abus des États. Depuis sa création, la plateforme a révélé plus de dix millions de documents et des centaines d’affaires sur divers sujets principalement économique, politique et militaire. Ainsi, elle a permis l’accès à l’information sur Internet libre de toute contrainte souveraine et capitaliste. Cet organisme, sans filtre, gratuit et illimité peut être considéré comme un élément protecteur de nos sociétés actuelles, dans lesquelles l’argent et le pouvoir sont aux prises d’une minorité (12). Il met en lumière les injustices que les puissants acteurs de notre société commettent à notre encontre. Julian Assange avait l’ambition de remettre en question l’existence des appareils de pouvoir et leur fonctionnement là où Edward Snowden se cantonnait à la dérive du système.



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pour un citoyen plus éclairé

Victoria Vix, rédactrice chez Décryptage Citoyen France.

Le 8 décembre 2020


Pour aller plus loin :


Articles, rapports et enquêtes cités dans cet article :

  1. Article sur l’implication de Chelsea Manning dans l’affaire WikiLeaks

  2. Article sur la participation de Julian Assange sur les informations révélées par Chelsea Manning

  3. Article à propos de l’asile politique de Julian Assange par le gouvernement équatorien

  4. Article sur l’état de santé de Julian Assange

  5. Autre article sur l’état de santé de Julian Assange

  6. Article sur les “Syria files”

  7. Autre article sur les “Syria files”

  8. Statistiques données par le réseau international des sites ZDN sur la publication de documents confidentiels par WikiLeaks

  9. Article sur les mails dévoilés du parti démocrate

  10. Article sur les “MacronLeaks”

  11. Sondage sur la publication de documents confidentiels par WikiLeaks

  12. Article sur la répartition des richesses dans le monde en 2019


Sources utilisées pour la rédaction de ce billet décryptage :

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