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Le Lac aux oies sauvages, le nouveau polar de Diao Yinan

Après Black Coal, l’Ours d’or 2014, le réalisateur Diao Yinan revient avec un nouveau long-métrage : Le Lac aux oies sauvages. Dernièrement en compétition à Cannes pour la Palme d’or, le film a suscité l’enthousiasme, et même s’il n’a remporté aucun prix, il a su capter l’attention des festivaliers. Parmi eux, on note la présence de Quentin Tarantino, qui a particulièrement ovationné le film. Signe qui ne trompe, Le Lac aux oies sauvages continue d’être projeté dans la majorité des salles françaises.


Que nous raconte ce film ? Un règlement de compte qui tourne mal mène Zhou Zenong, le chef d’un gang de la ville de Wuhan, à abattre un policier par accident. Dès lors, il est recherché dans toute la région et sa tête est mise à prix.


Véritable plongeon dans une ténébreuse course- poursuite entre rêve et réalité, Le Lac aux oies sauvages nous transporte à travers les (tristes) réalités sociales de la Chine. Le long-métrage, récit d’une fuite, est un véritable film coup de poing marqué par de multiples flashbacks. Diao Yinan nourrit une certaine fascination pour le flashback des Mille et une nuits, où Shéhérazade renvoie sans cesse à des histoires passées pour sauver sa propre vie. Le spectateur assiste à une tragique guerre des clans dans laquelle la violence ne manque pas d’intensité (attention, le spectateur peut se retrouver parfois en apnée, spectateur sensible s’abstenir !). Le sang coule à flot du début à la fin, on se souviendra particulièrement de la fameuse scène du parapluie, et cette présence appuyée d’hémoglobine créé un véritable sentiment de malaise : le public est témoin d’une Chine torturée, mal en point. Ce malaise, soigneusement recherché par le réalisateur, naît de la représentation qu’il nous donne du peuple chinois avec ses conditions de vie précaires, sordides. La population semble en effet essentiellement constituée de voyous et de prostituées, semblant évoluer dans des zones obscures faites de roseaux humides et douteux. Aucune issue ne semble possible pour ces personnages désespérés. Ainsi, chacun tente de survivre à sa manière et le spectateur se retrouve témoin des abîmes de la région chinoise d’Hubei et des difficultés sociales de ses habitants. Ce qui nous étonne alors en tant que spectateur, c’est de découvrir cette Chine sombre, inattendue, une Chine que l’on ne connaissait pas sous ce jour. Notre conception de ce vaste pays est souvent plus lisse, en tous cas beaucoup moins pessimiste que celle qui est ici proposée, mais la volonté de Diao Yinan est ici de briser la glace et de mettre en lumière à travers son art une autre facette infiniment plus sombre de son pays. Au-delà même des thèmes abordés, ce que nous propose la photographie de Jingsong Dong, ce sont des images vibrantes de beauté et d’élégance. On note les multiples jeux d’éclairage, les néons notamment de couleurs rose ou jaune qui correspondent pour le réalisateur Diao Yinan aux teintes que l’on retrouve dans les villages chinois : « Ce sont des couleurs que l'on trouve souvent dans ces villages. Ce n'est pas une invention de notre part, nous sommes allés chercher ces couleurs-là, notamment ces teintes de rose. Nous avons fait en sorte de les rendre du mieux que l'on pouvait à l'écran ». Enfin, de multiples procédés cinématographiques dans Le Lac aux oies sauvages nous rappellent particulièrement le cinéma hollywoodien des années 40. On retrouve en effet certaines caractéristiques comme le montage ou la trame des films noirs de Nicholas Ray, Fritz Lang ou encore Orson Welles.


Ainsi, le film, original et lyrique, s’avère être une véritable expérience sensorielle et poétique : on en ressort chamboulé (surtout si l’on est féru de cinéma asiatique). Décidément, le cinéma que nous offre l’Asie n’a pas fini de nous surprendre !


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Pauline Poiret, rédactrice chez Décryptage Citoyen



Sources utilisées pour la rédaction de ce billet et pour en savoir plus :

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