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Italie - Le gouvernement Meloni peut-il durer ?

Le gouvernement de la nouvelle Première ministre italienne Giorgia Meloni s’est formé le 23 octobre. Dans le contexte politique italien, la stabilité est l’un des défis auxquels la dirigeante d’extrême-droite doit maintenant faire face.




Giorgia Meloni entourée de Silvio Berlusconi et de Matteo Salvini, chefs des deux autres partis de sa coalition - Antonio Masiello (Getty images), Radio Canada



Un succès sans appel


Le 25 septembre dernier se tenaient les élections législatives en Italie, les premières depuis 2018. Les résultats sont alors sans surprise : comme attendu, c’est le parti de Giorgia Meloni - “Fratelli d’Italia” - qui est en tête avec 26% des voix. Les deux autres membres de la coalition de droite, la “Lega” de Matteo Salvini et “Forza Italia” de Silvio Berlusconi, obtiennent respectivement autour de 9% et de 8% des voix. Avec 44% des voix au total, Meloni est donc en position de force. « Les résultats du vote sont clairs, ce sera un gouvernement de droite dirigé par Fratelli d’Italia” commente-t-elle ce jour-là.


Le progrès est immense pour celle qui n’avait obtenu que 4% des voix lors des élections de 2018. Son succès n’est pas un hasard. Il est le fruit d’une campagne agressive au cours de laquelle Giorgia Meloni a été la seule à imposer une réelle dynamique électorale. Pour cela, la leader du parti post-fasciste “Fratelli d’Italia” a misé sur ce qui caractérise son engagement politique : la radicalité, l’ultra conservatisme et un discours identitaire. Celle qui confiait auparavant à France 3 son admiration pour Mussolini s’était ainsi attaquée aux “lobbies LGBT”, à l’immigration ou encore à “l’islamisation”.



Le gouvernement le plus à droite depuis 1946

Presque un mois après son succès et à la suite de négociations tendues dans sa coalition, la désormais Première ministre présente la composition de l’exécutif. Le premier gouvernement dirigé par une femme est également le plus à droite depuis la naissance de la République italienne en 1946. Il est marqué par un profil conservateur. Giorgia Meloni a en effet créé un “ministère de la Famille et de la Natalité". Cela suscite de l’inquiétude concernant le droit à l’avortement. Si la leader de “Fratelli d’Italia” s’était engagée à ne pas modifier la loi italienne de 1978 sur le sujet, elle a aussi affirmé être en faveur de la prévention de l’avortement. Le leader anti-immigration de la “Lega”, Matteo Salvini, fait aussi partie du gouvernement. Il est vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures.


Sur le plan économique, la Première ministre a souhaité se montrer rassurante. Aux Affaires étrangères, elle a nommé Antonio Tajani, ancien président du Parlement européen et membre de Forza Italia. Le nouveau ministre de l’Economie est Giancarlo Giorgetti (Lega), déjà ministre du précédent gouvernement. Le nationalisme n’est toutefois pas absent puisque Giorgetti est à la tête du ministère des Relations avec les entreprises et pour le made in Italy.


Sur le plan international, Giorgia Meloni a radicalement changé de position vis-à-vis de l’Union européenne. Le 12 septembre 2018, elle déclarait que “Fratelli d’Italia est aux côtés du peuple hongrois et de Viktor Orban que l’Europe veut sanctionner car il a le courage de dire non à l’invasion et non à l’islamisation de l’Europe.” L’ancienne eurosceptique a pourtant choisi Bruxelles pour son premier déplacement à l’étranger le 3 novembre dernier. Elle affirmait à cette occasion sur Twitter que “La voix de l’Italie en Europe sera forte : nous sommes prêts à affronter les grands dossiers, en commençant par la crise énergétique, en œuvrant à une solution rapide et efficace afin de soutenir les familles et les entreprises et mettre un terme à la spéculation”. La Première ministre a également rencontré le Président américain Joe Biden lors du G20. Cela a été l’occasion pour elle d’affirmer son soutien à l’Ukraine et l’importance de la relation avec les Etats-Unis.




Giorgia Meloni et Joe Biden au sommet du G20 en Indonésie, la Repubblica




Une attitude de Première ministre ?


La cheffe du gouvernement doit tout de même faire face aux critiques, dans son pays comme en dehors. Si la polémique avait commencé dès sa campagne, elle s’est poursuivie le lundi 7 novembre avec l’adoption d’un vaste décret-loi. Celui-ci prévoit entre autres la réintroduction des personnels soignants non vaccinés dans les services de santé et réaffirme la fermeté du gouvernement aux niveaux sécuritaire et judiciaire. A cela s’ajoutent les tensions diplomatiques avec Paris et Berlin sur les sujets migratoires. Le ministre de l’Intérieur français Gérald Darmanin a notamment dénoncé le comportement “irresponsable” de l’Italie qui a refusé d’accueillir le navire Ocean-Viking (avec 234 migrants à son bord).


Meloni est-elle capable d’agir en tant que Première ministre ?” peut-on ainsi lire dans les colonnes de la Repubblica, l’un des principaux quotidiens italiens. Sa gestion des dossiers les plus délicats, sa communication, son absence sur les sujets prioritaires ou encore sa capacité à rassurer à la fois ses électeurs et ses opposants sont remis en cause.



Giorgia Meloni a qualifié la réaction française “d’agressive, injustifiée et incompréhensible” après l’affaire de l’Ocean Viking - Alberto Pizzoli, AFP




67 gouvernements depuis 1946


Cela remet-il déjà en question sa capacité à rester au pouvoir ? C’est possible au vu des tensions au sein de sa coalition, notamment avec Silvio Berlusconi. L’ancien président du Conseil a montré ses désaccords avec Giorgia Meloni. Il a jugé son comportement “ autoritaire” car il ne laisserait pas suffisamment de place à “Forza Italia” et soutient Vladimir Poutine. La Première ministre revendique de son côté une ligne pro-ukrainienne.


Or, maintenir une coalition unie s’avère souvent difficile en Italie. Le dernier président du Conseil Mario Draghi, à la tête d’un gouvernement d’union nationale après la crise du Covid-19, n’a lui tenu que 1 an et 8 mois, de février 2021 à octobre 2022. Cela peut sembler peu, mais c’est en réalité dans les standards italiens. Entre 1946 et octobre 2022, le pays a connu 67 gouvernements, dirigés par 29 personnalités différentes. Ces chiffres ont de quoi interroger, et même rendre perplexe des personnalités comme le pape François. Il confiait en août dernier “ne pas comprendre la politique italienne” en ajoutant “Ces 20 gouvernements en 20 ans, c’est un peu étrange”.


La raison de cette instabilité réside dans l’organisation du système politique italien. Instauré dans l’immédiat après-guerre, il fait suite au traumatisme des plus de 20 ans de fascisme qu’a connu l’Italie. Il est marqué par la volonté de limiter les pouvoirs du gouvernement pour éviter qu’un dictateur dispose des pleins pouvoirs comme Mussolini et qu’un parti puisse gouverner seul. La République italienne est donc une République parlementaire, avec un gouvernement responsable devant le Parlement. Ce dernier est composé d’un “ bicaméralisme parfait”, c’est-à-dire que les deux chambres ont une influence égale, contrairement aux nombreux systèmes comprenant une chambre “haute” et une chambre “ basse” comme en France ou au Royaume-Uni.


Le président du Conseil est issu de la majorité ayant gagné les élections législatives. Nommé par le président de la République, qui a des pouvoirs en partie politiques mais surtout symboliques, il doit alors former un gouvernement avec les partis membres de la coalition élue. Cependant, cette élection a lieu au suffrage proportionnel, c’est-à-dire que le nombre de sièges correspond exactement au nombre de voix obtenues.



Des coalitions parfois surprenantes

Ce système favorise la représentation de petits partis au Parlement mais rend plus difficile la formation de coalitions et de majorités. C’est pour cette raison que Giorgia Meloni doit maintenant gouverner avec les partis de Matteo Salvini et de Silvio Berlusconi. Si un des partis de la coalition retire son soutien au gouvernement, celui-ci peut perdre sa majorité au Parlement et être contraint à la démission.


L’Italie a vu se former lors des dernières années des coalitions parfois surprenantes. C’était par exemple le cas de l’alliance entre le parti d’extrême-droite de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo (parti antisystème et attrape-tout) formé en 2018. Leur gouvernement n’a pas tenu plus d’un an.




L’ancien Premier ministre italien Giuseppe Conte (à droite) et Matteo Salvini (à gauche), lors d’un discours au Sénat le 20 août 2019 - Andreas Solaro, AFP


Giorgia Meloni essaye donc de se doter des instruments qui lui permettront de rester au pouvoir en rassurant Bruxelles sur les dossiers économiques et de politique étrangère. La rupture avec les précédents gouvernements a lieu sur les questions de société. Cependant, les revendications de Silvio Berlusconi représentent une menace pour la stabilité de sa coalition. A cela s’ajoute une inconnue par rapport la capacité de la Première ministre à gérer les crises et les dossiers les plus tendus. Un autre facteur est cependant à prendre en compte : l’envie de pouvoir de “Fratelli d’Italia”. Le parti de Giorgia Meloni a toujours été exclu des coalitions au pouvoir et est pour la première fois en position de force. Comme sur le plan international, il pourrait être prêt à des compromis afin de rester en place le plus longtemps possible.





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Andrea Perez, rédacteur chez Décryptage Citoyen International

Le 10 janvier 2023




















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