Compte-rendu de la conférence sur le thème de l'environnement du 22 novembre 2019

avec Damien Deville et Marine Calmet

Le 22 novembre 2019, Décryptage citoyen a organisé sa première conférence, dans une salle de la Sorbonne, avec comme intervenants Damien Deville et Marine Calmet, invités à débattre autour du sujet « L'enjeu écologique est-il un problème de responsabilité individuelle ou collective ? ».

Damien Deville porte une vision géographique et anthropologique de la question, tandis que Marine Calmet aborde la question d'un point de vue plutôt juridique.

Damien Deville partie du constat suivant : aujourd'hui nos sociétés tendent à une uniformité de croissance, notamment depuis les années 90, marquées par une extension du système capitalisme dans le monde. Cette uniformité de la société mène actuellement à un processus d'uniformité des paysages, qui tend de plus en plus à se ressembler.

Cette uniformisation s'explique par plusieurs facteurs : d'une part un modèle d'aménagement des territoires autour concentrés des grandes villes, qui tend aussi bien à une urbanisation de l'espace qu'à une urbanisation des esprits par l'imaginaire culturel crée autours de la ville. D'autre part le système capitaliste, qui a un impact concret sur les paysages et sur le territoire. Enfin, certains modèles écologiques, qui conduisent une politique de protection spéciale de certains territoires, alors même que ces territoires sont conservés par les populations locales.

Ce dernier élément est développé avec l'exemple de la protection des forêts au Congo, puisque le gouvernement évacue les pigés des forêts qu'ils habitent depuis des siècles, afin de créer une zone protégée. Cette pratique perd de son sens, notamment car c'est la présence de ces populations qui permet une préservation naturelle du lieu.

L'enjeu écologique est donc de permettre à chacun de vivre dans un univers libre et choisi, mais cela suppose de mener une réflexion approfondie sur la manière dont on ne se positionne pas, et quels outils on choisit de mettre en place.

Marine Calmet soulève elle l'ambiguïté tenant au développement de la mobilisation citoyenne et associative autour des questions écologiques, notamment dans les pays en développement. Si on décide de s'opposer aux activités polluantes menées dans ces pays, il ne faut pas occulter le fait que ce sont ces activités qui permettent aux populations de vivre, et que ces activités sont issues de notre modèle de société. S'il est reconnu que le forage de pétrole en Amérique du sud a des conséquences désastreuses sur l'environnement, il ne faut pas oublier qu'elle tient à notre modèle sociétal, reposant entre autres sur le pétrole. Peut-on imaginer aujourd'hui une société sans pétrole ? C'est pour ces raisons qu'il est nécessaire de développer des solutions alternatives avant d'agir, puisque nous participons tous, ne serait-ce que par notre mode de vie au réchauffement climatique.

Une des solutions avancées par Marine Calmet est celle d'utiliser la juridiction comme un moyen de régulation. Un de ces combats consiste à faire entrer le concept de limites planétaires dans le droit national. Ce concept de limites planétaires est l'objet du travail d'un groupe de scientifiques, établissant 9 seuils à ne pas franchir. Ou aujourd'hui, on les dépasse tous, chacun ayant un impact sur les autres. Ainsi cette démarche vise à remplacer des règles planétaires dans notre droit, ainsi qu'à introduire une responsabilité individuelle.

La transition qu'on doit mener n'est finalement pas tant climatique qu'ontologique, c'est-à-dire inhérente à un système de valeurs. Un des modèles étudiés par les géographes afin de réduire notre impact en matière environnementale serait la construction d'une ville géante, et ainsi protéger le reste du territoire mondial. Cependant cette idée défend une fois de plus une logique d'uniformisation, au détriment de la diversité des territoires, des peuples, des cultures et des paysages. On voit donc que penser à travers le prisme de l'écologie peut être antagoniste à celle de la diversité.

Un des éléments de réponse serait également de réévaluer les sanctions infligées par le Code de l'environnement, qui ne sont pas à la hauteur de ce qu'on inflige à la nature. En effet, certaines sociétés préfèrent ne pas prendre de mesures en faveur de l'environnement, et ainsi polluer quitte à payer une amende, au lieu de prendre des mesures nécessaires, puisque payer l'amende leur revient moins chère que le coût de mesures environnementales . En outre, le Code pénal comporte un chapitre dédié aux crimes portant atteinte à la sécurité de la nation, comportant l'atteinte à l'environnement, cependant celle-ci reste sans définition, prévenant l'application concrète de cette loi dans le droit français .

A la réponse « comment agir à notre niveau ? », trois éléments sont avancés. D'abord réassumer la vulnérabilité, puis réparer le concept de rencontre qu'on peut porter à différentes échelles, et ensuite porter une justice renouvelée sur la relation. Il ne faut pas rester dans le discours politique, mais aller dans l'action. En effet, la somme de nos actions individuelles (engagement à l'échelle territoriale) peut avoir des effets concrets rapidement. Ce qui prend du temps, c'est surtout se donner les moyens de faire ça.

Cependant la responsabilité est collective, et pas uniquement individuelle, puisque collectivement nous pouvons aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite. La première étape consiste à déconstruire les constructions mentales établies sur notre mode de société, allant à l'encontre de l'idée que nous sommes contraints par la société, mais au contraire que chacun peut ralentir, se laisser des marges de manœuvre, arrêter, recommencer.

 

Pour synthétiser, l'enjeu écologique doit passer par une redéfinition du territoire, et notamment une désurbanisation, ce qui va de pair avec l'adoption de nouvelles valeurs. Une réaffirmation de règles juridiques environnementales, au plan national puis sur le plan international est notamment conditionnelle pour apporter une réponse globale à la crise écologique actuellement en marche.