Webinaire Compte-rendu DU  du 5 novembre 2020 : pourquoi le féminisme ne va-t-il pas disparaître ?

avec Sarah Zitouni,  Sofie Truchaud-Baret et Renaud Voisin

Le 5 novembre 2020 Décryptage Citoyen a organisé un webinaire sur le thème du féminisme. Nous recevions Sarah Zitouni, ingénieure en Suède et derrière le compte instagram @powher_ta_carriere qui s'occupe de coacher et soutenir les femmes dans leur carrière, ainsi que Sofie Truchaud-Baret et Renaud Voisin. Ces dernières travaillent ensemble pour what the feminist , une association et un compte instagram  qui vise à sensibiliser et alerter sur les discriminations de genre. Il a également créé l'entreprise  La Fusée qui vise à mettre en œuvre des politiques d'égalité de genre avec des mesures concrètes dans des structures (entreprises, structures publiques).

 

1. et 2. Inégalités salariales, jour du dépassement

 

Selon les chiffres d'Eurostat , l'inégalité mesurée des salaires entre les genres, de 18 % à poste égal, est telle que cela reviendra à ce que les femmes ne soient plus payées pour leur travail à partir du 4 novembre. Selon Sarah Zitouni, l'intérêt de donner une telle date et de convertir les inégalités salariales sur un calendrier, est de les mettre en lumière de manière concrète. Cela permet aussi de comparer avec les années précédentes.

Les inégalités salariales de genre et liées à la couleur de peau :

Les femmes travaillent gratuitement à partir du 4 novembre, soit 2 mois de salaire de moins que les hommes. Cependant, d'après les Inrockuptibles et Les Glorieuses , lorsque l'on regarde la situation des femmes racisées (1) on s'aperçoit qu'elles travaillent gratuitement depuis le début du mois de juin, soit 5 mois de salaires en moins que la moyenne des femmes et 7 mois en moins que les hommes.

Pour rappel, le terme racisé permet de « rompre avec ce refus de prendre publiquement au sérieux l'impact social du concept de race, refuser qui n'obéit ni à un manque ou à une cécité, mais permet justement de reconduire les discriminations et hiérarchies raciales » comme l'affirme Rafik Chekkat dans son article Ce que le mot « racisé-e » exprime et ce qu'il masque (2).

Les salaires liés au genre sont conséquentes mais il est aussi important de réaliser que l'écart de genre est moins imposant que l'écart lié à la couleur de peau. Ce dernier critère étant donc important à ne pas occulter dans les luttes féministes.

Ce nombre est calculé de plusieurs manières, donc quand on parle de 18 %, c'est à poste égal mais en moyenne en France une femme touche 25 % de moins qu'un homme. Selon le ministère du travail , quand on considère tous les types de poste à temps plein, à responsabilité et poste égal, les inégalités sont de 9 %. Cela représente donc un mois et demi.

Dans certains pays, comme la Suède, ce nombre tombe à 4 %. Si la question de l'argent importe dans les milieux féministes c'est parce que la rémunération est liée à la représentation des femmes ; être moins payée veut dire que le travail produit par les femmes vaut moins, il est moins valorisé. Cela se prononce implicitement à dire que les femmes valent moins que les hommes au sens figuré comme propre.  

 

3. Commentez l'éducation à-elle pu influencer les choix de carrière et le
monde du travail ? D'un point de vue sociologique y at-il une corrélation entre l'éducation générale et les carrières/comportements de la femme dans le monde professionnel ?

L'éducation est vraiment genrée, dans les jouets ou les t-shirts par exemple qui dégradent les filles comme belles, douces, passives et les garçons comme forts, courageux, acteurs des événements. On y retrouve des stéréotypes de genre qui se perpétuent dans la société. De même, l'espace attribué dans les cours de récréation, avec les garçons au centre qui jouent au pied et les filles qui sont reléguées sur les côtés, apprend à ces dernières à rester en retrait. Ces exemples correspondant au sexisme ordinaire. Cet aménagement de l'espace et les comportements qui en nécessitent sont intériorisés par les femmes dès l'enfance. Ainsi, ils influencent insidieusement les agissements des individus sur le long terme. Cette influence se retrouve lorsqu'on arrive dans le monde professionnel, et montre une différence marquée, source d'une inégalité à plus grande échelle.

Le syndrome de la bonne élève et de l'imposteur, dans cette logique de sexisme ordinaire, a révélé des effets surprenants. En effet, ils poussent les femmes à prendre moins d'initiative, à ne pas se trouver légitimement et à ne pas s'approprier l'espace. Ces attitudes entravent les carrières des femmes, des comportements opposés étant à privilégier pour réussir dans le monde professionnel.

Le syndrome de la bonne élève et le syndrome de l'imposteur :

Le syndrome de la bonne élève apparaît dès l'école primaire et est renforcé au collège et lycée, il est caractérisé par la valorisation des comportements passifs des filles. Comme exemple typique on peut citer le fait de se conformer à l'image attendue de l'élève perfectionniste, de ne pas faire trop de bruit ou de ne pas prendre trop de place. Ainsi, lorsqu'elles arrivent dans le monde professionnel où des qualités plus actives, comme prendre des initiatives, sont demandées, les femmes ont plus de mal à y correspondre que les hommes. Cette définition du syndrome de la bonne élève a pour source l'article de Madmoizelle éponyme .

Le syndrome de l'imposteur est l'idée de se dire qu'on a réussi à tromper tout le monde et que l'on n'est pas légitime. Il traverse différents domaines et moments de la vie.

4. Comment déconstruire cette vision genrée/ ce rôle de modèle

 

Il faut connaître son mariage, c'est-à-dire connaître l'histoire des femmes importantes, par exemple en allant voir @unesacreepairedovaires , de celles qui se sont battues pour pouvoir se lancer plus facilement. De plus, il faut prendre conscience des dynamiques d'oppression telle la starisation des hommes dans les domaines normalement "domestiques" comme la cuisine ou la couture, l'invisibilisation des femmes dans le développement de la technologie ou l'éviction des femmes des sphères de pouvoir.

5. Qu'est-ce qui a déjà été fait et qu'est-ce qu'il reste à faire, notamment dans le monde du travail, de manière concrète ?

 

Il ya eu plusieurs vagues du féminisme ; la première visait les droits politiques, ce sont les suffragettes qui ont agi avant et pendant la première guerre mondiale pour ne plus être autorisée légalement comme des mineures. La deuxième vague, pendant les Trente Glorieuses, marque le combat pour les droits économiques, comme celui de pouvoir travailler sans l'accord de son mari, d'avoir un compte bancaire ou encore de pouvoir être financièrement indépendant. Puis la troisième vague vis les droits sociaux, l'IVG, la contraception, la pénalisation du viol. Enfin on parle de quatrième vague pour la période actuelle.  

 

Considérant ce qu'il reste à faire, il y a évidemment les inégalités salariales et la représentation des femmes dans les hauts postes qui ont déjà été mentionnés mais il y a tellement de violences et d'inégalités que tout nommerait trop longtemps. Pour agir on peut laisser la place aux femmes, les mettre en avant, à la télévision par exemple, arrêter de mégenrer les gens, ou de changer la vision qu'on a du féminisme. En effet, comme l'affirme Sofie, le féminisme extrémiste n'existe pas, ce qui est extrémiste ce sont les inégalités et la violence du machisme.  

 

6. Petit point de conseils : comment imposer ses limites et se mettre en
avant dans le monde du travail ?

 

Selon Renaud, il faut que les hommes soient humbles, chercher à comprendre et à écouter les femmes, notamment lorsqu'elles parlent de choses qui ne touchent pas directement les hommes, il faut vouloir apprendre, se responsabiliser et s'intéresser. Quant à Sarah, elle recommande aux femmes de ne pas s'excuser d'être là, d'exister et de prendre de la place, de ne pas s'excuser ou encore de justifier la volonté d'avoir des objectifs à la fois familiaux , dans l'entreprise et dans les relations sociales. Il faut être fier de soi.

 

Nous ajouterons pour les femmes qu'il ne faut pas hésiter à postuler à des promotions ou des offres d'emploi même si vous ne remplissez pas tous les critères, il est toujours possible de déléguer si une fois promue ou embauchée, il vous manque quelque chose choisi. De plus, en tant que femme, il est utile de travailler sur la communication de ses ambitions, ne pas attendre la promotion mais aller la chercher ou bien alimenté ses réseaux professionnels, par exemple en adhérant au club des femmes s'il y en a un dans votre entreprise. 

Pour les hommes, il est nécessaire de prendre des initiatives, de regarder si vous avez le même salaire que vos collègues ou de proposer des projets pour les mettre en avant, les inclure dans vos réseaux, etc. 

Références évoquées durant la conférence :

Suggestions de Décryptage Citoyen pour aller plus longe :

 

Sources :  

  1. Mots choisis pour réfléchir au racisme et à l'anti-racisme , article Alexandra Pierre membre du CA de la Ligue des droits et libertés

  2. Ce que le mot « racisé-e » exprime et ce qu'il masque par Rafik Chekkat (2015).