COMPTE RENDU CONFÉRENCE DU 7 AVRIL 2021

Semaine du développement durable

Dans le cadre de la semaine du développement durable de l’Université Paris I, Décryptage Citoyen International (DCI) a organisé, en partenariat avec l’Université Panthéon-Sorbonne, une conférence en ligne ayant pour thème Les initiatives responsables au service d'une économie verte.

À cette occasion, Décryptage Citoyen International a reçu deux invitées. 

Dounia Mebtoul est la présidente-fondatrice de l’association « Les frigos solidaires » qui met à disposition chez des commerçants des frigos afin de répondre à deux problématiques : la réduction du gaspillage alimentaire ainsi que la réduction de la précarité chez les plus démunis, notamment en cette période de crise. Les restaurateurs ainsi que les commerçants et les habitants riverains peuvent déposer de la nourriture qui serait jetée en temps normal dans ces frigos afin que des personnes dans une situation précaire puissent récupérer cette nourriture. Cela permet également de créer du lien social entre les riverains et les commerçants.

 

DCI recevait également Nathalie Kestener qui siège au board de la banque Crédit Coopératif; banque qui souhaite investir dans des projets faisant la promotion de l’économie verte. La banque investit notamment dans des associations agissant en faveur du développement durable.

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Avez-vous ressenti une explosion de la précarité au cours de la crise de la COVID-19 ?

 

Dounia Mebtoul n’a pas réellement pu voir les impacts du premier confinement sur la précarité. En effet, les restaurants et certains commerces n'étant pas ouverts, les frigos solidaires n’étaient pas accessibles pour les plus précaires. Toutefois, le peu de frigos accessibles étaient pris d’assaut par les étudiants mais aussi par des retraités en situation précaire. Après le premier confinement, les mairies de Lille, Dijon ou Grenoble ont encouragé l’initiative en finançant parfois plusieurs dizaines de frigos (un frigo coûte 1 500 euros). Lors du troisième confinement, la plupart des restaurants étant ouverts, la fréquentation a doublé voire triplé.

2. Comment les entreprises intègrent-elles le développement durable dans leurs décisions ?

 

Selon Nathalie Kestener, l’Union Européenne aujourd’hui oblige les entreprises à effectuer un contrôle de leur RSE (Responsabilité sociale des entreprises). Des comités existent dans toutes les entreprises pour y veiller, mais leurs conclusions ont plus ou moins d’impacts selon les entreprises.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 18 juin 2020, l’Union Européenne a adopté le règlement sur la taxonomie qui vise à faire de l’Europe le premier continent zéro carbone d’ici à 2050. Les banques sont les premières concernées puisqu’elles financent les projets des entreprises. Ces dernières seront donc contraintes par les banques de réaliser des projets « verts » afin d’obtenir un financement. L’Union Européenne contraint les entreprises à tendre vers le zéro carbone. Le problème, c'est que l’Union Européenne ne semble pas avoir déployé des dispositifs d’accompagnements à cette fin. Les entreprises se trouvent donc seules pour pouvoir « passer au vert », ce qui peut être fastidieux pour certaines, notamment pour les industries.

 

3. Est-ce que les dimensions du développement durable sont compatibles avec le capitalisme d’après vous ?

 

Nathalie Kestener pense que les entreprises où l’actionnariat est familial priorise la pérennité de l’entreprise sur la distribution de dividendes. A l’inverse, un capitalisme plus « sauvage » où l’actionnariat a une visée seulement lucrative n’est, d’après elle, pas compatible avec les valeurs de la RSE et du développement durable.

Il faudrait qu’il y ait un juste partage des dividendes afin de réduire les inégalités. Ce partage serait partagé équitablement entre salariés, investissements, mise en réserve et actionnaires. Il faudrait également que les salariés puissent s'exprimer sur les décisions prises par le comité de direction. De cette manière, le développement durable primerait sur la rentabilité ; les salariés ayant tout intérêt à souhaiter la pérennité de l’entreprise.

 

4. Quelles sont les conséquences de l’obligation de verdissement des financements par l’Union Européenne ?

 

Selon Nathalie Kestener, il y a une réelle volonté de l’Europe d’aller vers une économie verte étant donné la réglementation. Certaines entreprises n’ont pas encore démarré leur transformation vers le vert et ça risque de leur coûter cher. L’investissement dans les nouvelles technologies vertes prend du temps et de l’argent. Toutefois, notre monde est extrêmement découpé et inégalitaire, certaines régions n’ont pas encore montré une quelconque volonté d’imposer une réglementation sur les entreprises pour les forcer à passer au vert. C’est alors beaucoup moins coûteux pour les entreprises de se passer de développement durable et de délocaliser. La recherche, l'industrie et l’innovation coûtent cher et si les pouvoirs publics ne les soutiennent pas, les entreprises n’hésiteront pas à transférer vers les pôles américains ou asiatiques. Le problème, c’est qu’investir dans ces domaines prend du temps à produire des effets, il y a un réel manque de courage politique car promouvoir une politique d’investissement n’apporte rien dans l’immédiat à ceux qui sont au pouvoir.

 

5. L’économie a-t-elle un rôle à jouer sur l’enseignement du développement durable ?

 

Dounia Mebtoul souhaite la sensibilisation au développement durable dès le plus jeune âge. L’école doit transmettre des vrais valeurs en mettant en place des ateliers sur cette thématique. Elle remarque  toutefois qu’il y a un éveil des consciences chez les jeunes aujourd’hui notamment dans la génération Z voire chez les plus jeunes de la génération Alpha.

Nathalie Kestener ajoute qu’il existe toutefois un double langage ; les jeunes traduisent leur connaissance du développement durable dans leurs actes du quotidien (trier ses déchets, éteindre la lumière,…). En revanche, ils consomment massivement des produits fabriqués dans de mauvaises conditions (téléphones, vêtements,…). Elle souhaite, d’une part, que l’on consomme plus localement et d’autre part, que l’on prenne conscience de notre pouvoir de citoyen. Il est possible de faire changer les choses en boycottant certaines marques, on sous-estime trop nos pouvoirs en tant que citoyens lorsque nous agissons ensemble.

 

6. Quelles sont les réformes nécessaires pour un vrai changement dans la nouvelle loi Climat ?

 

Selon Nathalie Kestener, il faut mettre en œuvre des moyens pour que les entreprises se développent dans l’intérêt de la société et du bien commun. Le problème, c’est que certaines entreprises vont devoir faire un gros travail sur leur business model. S’il n’est pas orienté sur le climat et le zéro carbone, une grande révolution va être rapidement nécessaire. Le gouvernement et l’Etat français devront réaliser un énorme travail pour aider cette révolution et sa structuration. Il faut aussi que l’Etat français ramène le pharmaceutique et l’industrie en France afin de créer un réel écosystème autour des entreprises. Tout cela ne pourra se faire qu’au niveau européen sinon les délocalisations perdureront mais il faut de la volonté et du courage politique de la part de nos dirigeants. Dounia Mebtoul ajoute que le gouvernement doit notamment encourager le développement de l’économie locale qui, aujourd’hui n'est pas écoutée voire abandonnée.

 

7. Est-ce que le greenwashing des entreprises est politique ?

 

D’après Nathalie Kestener, certaines entreprises ont une véritable volonté de verdir leur environnement et d'aller vers le zéro carbone. Pour d’autres, c’est seulement pour l’image et la communication car c’est obligatoire pour les entreprises de se mettre au vert aujourd’hui, notamment à l’égard des consommateurs

 

 

Si le marketing engagé et ses abus vous intéressent, Décryptage Citoyen International a écrit un article sur le sujet

 

 

Les entreprises qui associent leurs partenaires, salariés, fournisseurs et clients dans une démarche globale et y réfléchissent réellement peuvent le prouver avec des faits et des résultats tangibles. Par exemple, Michelin a désormais un comité des droits de l’homme depuis un scandale sur les conditions de travail d’une usine Michelin en Inde en 2013. A l’inverse, quand il y a beaucoup d’habillage autour du green, il faut s’en méfier. Il faut aussi de la cohérence dans les entreprises, on ne peut pas faire du green sans une éthique irréprochable.

 

 

Décryptage Citoyen International a pour but principal de décoder l’actualité, 

pour un citoyen plus éclairé.

Paul HANEY, rédacteur chez Décryptage Citoyen International. 

Le 17 avril 2021

 

 

Références évoquées pendant la conférence : 

 

 

Pour aller plus loin : 

 

 

Sources :

 

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